Tout a très sérieusement commencé la veille, vendredi 6 juillet à 21 heures. La météo s’annonçait bonne et après plus de deux mois de pluie, l’occasion était rêvée et l’idée nous trottait dans la tête depuis un bon mois.

 

Démarrage du logiciel Navigation, ouverture des cartes 1/500 000ème et 1/1 000 000ème ainsi que des cartes du SIA sur CD-ROM prêté par notre voisin.

 

Lyon-Rochefort, ca fait une sacrée distance !!! Les espaces aérien civils ne sont pas trop nombreux, Saint Yan est fermé le weekend, en revanche les militaires s’en sont donné à cœur joie, espérons que les zones soient inactives... Après étude approfondie du « complément aux cartes aéronautique et de l’"AZBA du lendemain" (il n’y en avait pas), il ne devrait pas y avoir de problème avec les espaces aérien. Néanmoins, nous retenons comme route Macon-Vichy-Montluçon Domérat-Rochefort afin d’éviter au plus possible les zones militaires, on ne sait jamais.

Préparation du log de nav, de la fiche radio, impression des VAC de tous les terrains alentours et entrée de la route dans le GPS…Tout est paré, il est minuit, nous décidons d’un décollage vers 8h30.

 

Le lendemain matin, la météo est belle et le vent nul, nous préparons l’avion, laissons chauffer le moteur, l'arrêtons puis remplissons des réservoirs au maximum (officiellement 60 litres mais 57 litres éviteront que le trop plein n'entre en action) et c’est parti : roulage puis décollage Cap plein Ouest.

 

 

Je pilote, mon père s’occupe de la radio : ATIS de Saint Yan… rien, on contacte, pas de réponse, tout est ok et nous poursuivons la route dans la TMA déclassée. La couverture nuageuse est de l’ordre de 5/8 à 3000 pieds, nous restons dessous mais le plafond baisse vers 2500 pieds au niveau de Vichy, nous sommes toujours dessous et nous nous faisons gentiment secouer, j’étudie les terrains pour une éventuelle vache pendant que mon père s’assure des points de repère sur la carte.

 

La météo n'est pas fameuse avant Vichy

 

Tout va bien, passant Vichy, nous prenons cap légèrement Nord Ouest à destination de Montluçon, le badin affiche entre 95 et 100 nœuds, le GPS aussi et nous nous faisons un peu brasser ; rien de grave.

 

    Le décor se modifie, les collines s’estompent peu à peu et le paysage laisse place à des milliers de champs, le GPS nous indique la route à suivre, et nous procédons très régulièrement à des relevés terrain (ligne électrique, voies ferrées, rivières…) avec un top chrono, le petit système de règle a calcul de mon père est radical : Il nous indique, pour une carte au 500 000ème le nombre de centimètres à parcourir, la distance, sous chaque indication centimétrique, le temps en fonction de la vitesse (pour 150, 160, 170, 180 km/h ainsi que la consommation estimée). Sans avoir a effectuer le moindre calcul mental, nous connaissons le temps que l’on va mettre pour arriver au prochain point.

 

Montluçon est visible de loin et nous décidons de contourner la ville légèrement par le Sud, pour éviter l’aérodrome et ne pas ennuyer les habitants. Le Rotax tourne comme une horloge : 4800 tours/minutes, température d’huile à 95°c, pression d’huile 4 bars et température cylindre 95°c, mon père s’amuse avec le commutateur qui fait basculer le galvano de la température cylindre du cylindre 2 vers le 3, il y a 5°c d’écart…  Seule la jauge à carburant descend petit à petit, un peu moins vite que nos prévisions.

 

 

     Montluçon

 

Passant Montluçon, nous décidons de monter à 4500 pieds pour voir si les vents nous sont favorables ; nous apercevons en montant le chantier d'une autoroute.

 

On contacte Limoges :

 

"Limoges de F-JEZW bonjour

F-ZW bonjour

Limoges de F-ZW un ULM multiaxe en provenance de Montluçon à destination de Rochefort actuellement altitude 2500 pieds en montée vers 4500 pour un transit sur la ligne de séparation des TMA limoges 1 et 3 avec l’information Charlie (je crois)".

 

Le contrôleur semble surpris de notre façon de nous repérer (c'était un essai) et comprend rapidement que nous n’avons pas de transpondeur. Est un bon moyen de repère pour un contrôleur ? On n’en sait rien, peut être devrions nous leur demander.

 

Transit accordé, le contrôleur, fort sympathique, nous rappellera régulièrement pour savoir ou on est et si tout va bien. Pour l’occasion, nous montons à 4500 pieds, l’appareil est alors stable et vole tout seul ; pieds et bras croisés pendant 20 minutes, je regarde le paysage et reste attentif aux autres aéronefs. Nous redescendrons vers 2000 pieds dès notre sortie de zone car nous rencontrions un vent de 20 km/h de face ; mauvais pour la moyenne et la consommation mais bon pour mes jambes et mes bras qui commençaient à me rappeler qu’elles existaient.

 

Les champs bordés de haies s’étalent sous les ailes et les cumulus font apparaître de fabuleux contrastes, l’appareil photo chauffe et nous en prenons plein les yeux. A nos 2 heures, nous voyons la centrale de Civaux, elle est pourtant loin mais la visibilité horizontale est bonne.

 

Les champs bordés de haies

 

Tout à coup, je vois un point briller dans le ciel, regardant attentivement, je m’aperçois que c’est un avion (a priori CAP 10) faisant de la voltige au dessus d’une magnifique piste en herbe non répertoriée sur les cartes du SIA… bizarre bizarre une piste ULM ? Un aérodrome privé ?

On prend un cap plus au Sud pour laisser la zone libre, les derniers cumulus désertent le ciel, ce sera le seul avion croisé de toute la traversée. 

 

   Nous infléchissons notre route vers le Sud pour passer verticale Saint Jean d’Angely, la station service à coté du terrain nous aurait bien rendu service par la suite… nous apprendrons trop tard son existence. Nous sommes maintenant à 15 minutes de Rochefort, il est midi passé et la faim nous tiraille, le paysage a encore changé, il n’y a plus de haies au bord des champs et le « plat pays » s’étale à perte de vue, c’est impressionnant : pas une colline, pas de montagne… ca change !

 

Je commence à me dandiner sur mon siège rembourré pour l’occasion par un coussin additionnel (risquant par ailleurs de devenir rapidement incontournable tant on est mieux assis avec) : je n’ai jamais vu l’océan, ce sera une première, avec la vue d’avion s’il vous plaît ! Rochefort se dessine devant nous puis tout de suite après l’océan… génial !!! L’ile d’Oléron apparaît, ce serait sympa de la survoler peut être irons nous…

 

Rochefort

 

Le terrain de Rochefort est en vue, nous nous intégrons et nous posons.

Arrivé au parking à côté d’un gros Piper Archer III belge (les gars repartaient en Belgique avec 5 kilos d’huîtres), check liste d’arrêt : Le moteur a tourné un peu plus de 3 heures sans discontinuer (dans un sens heureusement) mais ca fait du bien quand il s’arrête.

 

Nous discutons avec un gars de l’Aéroclub de Rochefort, les militaires se sont a priori attribué le terrain pour l’entrainement de leur pilote sur TB et font chier leur monde… encore un sujet d’énervement mais bon, on ne va pas gâcher une journée pareille! Nous l’avions appelé le jeudi pour savoir si on pouvait avoir du sans plomb ce qui ne semblait pas poser de problème. Petit couac, il ne pouvait plus que nous fournir 10 litres alors que le Rotax en avait consommé plus de trente… un peu short pour rentrer.

Il nous propose de retourner sur l’aérodrome de Saint Jean pour faire le plein puis d’aller sur l’île, c’est a voir absolument !

 

Il nous reste une grosse vingtaine de litres dans les réservoirs, nous décidons de nous rendre sur l’ile pour faire le plein sur le terrain d’Oléron (il y a une école ULM et donc quelques dizaines de litres de Sans plomb).

Remise en route, lors de son initialisation, le GPS indiquera une altitude de -3 pieds puis remontera progressivement…

Nous redécollons, direction Oléron. Montée vers 2200 pieds, léger suivi de la côte puis le grand moment, la traversée… On passe légèrement au Sud de Fort Boyard et je regarde régulièrement derrière moi ; en cas de pépin je serai immédiatement si je dois faire demi-tour ou continuer tout droit. Heureusement tout se passera bien et nous longeons déjà la côte de l'ile pour aller voir le phare. Nous voici arrivé à la pointe de l’île, on serait bien allé plus loin mais nous sommes parti trop tard ce matin pour faire l’aller-retour aux Etats-Unis dans la journée !!! On en restera là et nous nous posons à Saint Pierre d’Oléron.

Discussion avec des pilotes avion un brin surpris qu’un ULM puisse faire la virée que nous venons d’effectuer (et encore on ne leur a pas dit que nous n’avions ni transpondeur, ni VOR, ni ADF, ni horizon artificiel…).

 

Nous mangeons des bi-chocos sous l’aile du fk9 humant les embruns de l’océan. Un pilote de Zenair arrive et nous propose bien gentiment un paquet de noisettes et des Grany, nous acceptons et le remercions, le prochain voyage sera mieux organisé, celui-ci n’est qu’une répétition générale.

Discussion avec quelques membres de club ULM de l’ile, café, puis plein de carburant, il est quatre heures trente, il nous faut partir mais nous reviendrons.

 

On ne part qu’avec 50 litres en tout, nous nous faisons un peu de soucis et mon père pilotera à l’économie. Le retour se fera sans histoire avec 10 km/h de vent favorable et laminaire comme jamais, passant Montluçon, l’ULM sentant probablement l’écurie, rentrera tout seul, mon père ne reprenant les commandes sur les points tournants.

 

Nous poserons les roues à 8 heures du soir ; après 7 heures de vol et 600 NM nous sommes fatigués mais les souvenirs se bousculent déjà dans nos têtes ; ca n’a été que du bonheur !

 

La suite des photos dans la galerie photo.

 

 

 

 

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